
Voici notre toute dernière mini-interview avec une coopérative québécoise. Celle-ci est consacrée à La Patente, fondée à Québec en 2014. Nous avons interviewé Guillaume Blanchet, l’un des coresponsables de la coopérative.
Pourquoi avez-vous choisi le modèle coopératif (et le type spécifique de coopérative que vous avez choisi, par exemple, de solidarité, de travailleurs, de producteurs, d’utilisateurs, etc.)?
À l’époque, c’était l’un des moyens les plus simples d’enregistrer une entreprise de ce type. Le statut de coopérative de solidarité a été choisi car il était évident que les activités principales seraient menées par des amateur·es et non par des professionnel·les, ce qui est toujours le cas aujourd’hui, même si certains de nos membres ont lancé leur petite entreprise en démarrant ici. De plus, il est tout à fait logique que les espaces de travail partagés soient détenus en commun par tous leurs membres.
Quel a été le plus grand défi dans le processus de création et/ou de gestion de la coopérative?
La constitution était assez simple, mais les décisions prises au début ont créé quelques frictions au cours des années suivantes : désaccords sur les conditions d’emprunt du matériel (les membres fondateurs ont plus ou moins mis en commun leurs actifs pour les partager avec la communauté), difficultés à rembourser les prêts et à rester solvables, garantir une bonne gestion sans pouvoir, la plupart du temps, rémunérer des employé·es.
La survie n’était pas assurée vers 2019, mais contrairement à de nombreuses entreprises, la pandémie a grandement contribué à la restructuration de l’organisation. Un conseil d’administration presque entièrement renouvelé a été élu moins d’un mois avant le premier confinement, et ses membres ont profité de la fermeture forcée pour se réunir (en ligne, bien sûr) et élaborer un plan pour rester à flot. Les créanciers institutionnels se sont également montrés plus indulgents, et les gouvernements ont proposé une aide financière.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ou le conseil que vous donneriez à quelqu’un d’autre qui envisage de créer une coopérative?
Un conseil que nous donnerions : l’importance d’avoir des bases solides et des orientations claires. Soyez aussi clair que possible dès le départ sur la manière dont vous souhaitez définir ce que signifie être membre de votre coopérative. Nous avons encore aujourd’hui du mal à faire comprendre les responsabilités qui incombent aux membres, car certains d’entre eux ne sont là que parce que la coopérative propose des services peu coûteux et ne se soucient pas vraiment du fonctionnement et du bien-être de l’organisation. Informez au moins les nouveaux membres de ce que signifie être membre, non seulement d’être autorisé à utiliser les services fournis, mais aussi d’avoir une responsabilité partagée dans le bien-être de l’organisation et des autres membres de la communauté. Il est primordial pour une entreprise d’économie sociale prospère d’avoir des directives plus ou moins strictes sur la manière de traiter les membres qui ne respectent pas le contrat et de désigner des personnes chargées de les appliquer. Enlever une pomme pourrie peut faire briller tout le panier et ravir beaucoup de monde ! Il n’y a pas de mal à reconnaître que votre coopérative n’est peut-être pas faite pour tout le monde.
De quoi êtes-vous le plus fier·ère dans votre coopérative?
Les gens viennent d’abord dans nos locaux pour travailler sur leurs propres projets, attirés par la possibilité de créer et d’acquérir des compétences manuelles à moindre coût. Mais dans de nombreux cas, ces personnes continuent à venir et parfois, elles ne touchent même pas au matériel, elles apprécient simplement d’être avec les autres membres, de partager un verre, une histoire, de jouer à un jeu, car l’environnement est propice à ce type d’interaction. Même si les services sont encore en cours de développement et d’amélioration, les gens restent pour la communauté. Nous avons vu des gens se métamorphoser littéralement dans cet environnement, s’épanouir d’une manière nouvelle, et certains d’entre eux vont même jusqu’à dire que le fait de faire partie de la communauté de La Patente leur a sauvé la vie. (Je suis d’ailleurs l’un d’entre eux).

Nous pensons que le changement commence dans nos communautés. Comment votre coopérative fait-elle de votre communauté un meilleur endroit où vivre?
La Patente contribue à une communauté résiliente, autonome, consciente d’elle-même et accueillante. Ses nombreux services sont le fruit des valeurs fondamentales qu’elle a toujours suivies, depuis la capacité à construire quelque chose à partir d’équipements partagés et de matériaux réutilisables achetés à bas prix dans une quincaillerie d’occasion, jusqu’à la réparation d’appareils électroménagers fiables afin de prolonger leur durée de vie utile au lieu d’acheter de nouveaux appareils jetables bon marché, en passant par le partage de connaissances et d’idées dans le cadre de cours divertissants, l’embellissement du quartier grâce à un jardin productif, et bien plus encore. Et à la fin de la journée, que vous ayez travaillé à la création de quelque chose de beau, à l’entretien d’équipements au profit de tous les membres ou que vous soyez simplement venu·e pour être entouré·e de personnes attentionnées, la communauté ici accueille tous ceux qui sont respectueux et ouverts d’esprit pour partager une histoire ou deux autour d’une partie d’échecs et d’un verre de kombucha fait maison.
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